Éditorial

Le défi de l’intelligence artificielle générative pour les revues scientifiques


Cynthia A. Jackevicius

Comment citer cet article : Jackevicius CA. Le défi de l’intelligence artificielle générative pour les revues scientifiques [éditorial]. Can J Hosp Pharm. 2026;79(1):e3991. doi: 10.4212/cjhp.3991

Ces derniers temps, nous sommes continuellement exposés à l’intelligence artificielle générative (IAG), qui s’immisce désormais dans tous les aspects de nos vies. Bien souvent, nous n’avons même pas conscience de sa présence, tant les stratégies de retrait de consentement peuvent être difficiles à déceler. De la même manière, l’IAG s’est également invitée dans le monde de la recherche et de l’édition scientifique, y compris dans le domaine de la pharmacie. Face aux avancées rapides de l’IAG et à la multiplication de ses applications, les auteurs, les évaluateurs et les comités éditoriaux peuvent éprouver des incertitudes quant à la manière d’agir de façon responsable.

Il est donc opportun que Mutin et Bussières1 aient publié, dans ce numéro du Journal canadien de la pharmacie hospitalière (JCPH), une étude transversale évaluant les lignes directrices destinées aux auteurs concernant l’IAG qui étaient en vigueur en mars 2025 pour trois associations de revues médicales, 22 revues pharmaceutiques en Amérique du Nord et en Europe (dont le JCPH), ainsi que huit maisons d’édition. À partir des recommandations relevées dans ces sources, les auteurs ont synthétisé 16 recommandations distinctes, regroupées en trois catégories (déclaration de l’utilisation de l’IAG, responsabilités des auteurs et interdictions). Mutin et Bussières ont constaté que seulement les deux tiers (14 sur 22) des revues fournissaient leurs propres lignes directrices à l’intention des auteurs concernant l’utilisation de l’IAG. De plus, parmi les 19 revues disposant de lignes directrices propres ou renvoyant à celles de leur éditeur sur l’IAG, entre 6 % et 75 % des 16 recommandations possibles étaient couvertes, un résultat très variable qui semble indiquer un manque de consensus concernant l’IAG dans le domaine de la publication pharmaceutique. Ils ont également constaté que de nombreuses recommandations étaient dépassées ou insuffisamment complètes pour garantir l’intégrité académique.

Les domaines pour lesquels la majorité des revues s’entendaient et formulaient des recommandations claires concernaient l’obligation qu’avaient les auteurs de déclarer l’utilisation de l’IAG dans le manuscrit ainsi que l’interdiction d’inclure l’IAG comme auteur. Notre revue a été évaluée comme fournissant des orientations couvrant 50 % des 16 recommandations. Le comité de rédaction du JCPH discute activement de cet enjeu important depuis la fin de l’année 2023, et nous avons publié en juin 2024 nos lignes directrices actualisées à l’intention des auteurs concernant l’intelligence artificielle (IA)2, incluant l’adoption des recommandations de l’International Committee of Medical Journal Editors (ICMJE)3 ainsi que de la prise de position du Committee on Publication Ethics (COPE) sur l’IA4.

Bien que l’IAG puisse être utile pour aider un auteur à améliorer la qualité rédactionnelle ou grammaticale de son texte, ou à d’autres fins, nous avons tous constaté des exemples de rétractation d’articles ayant impliqué une utilisation inappropriée de l’IAG5. En fin de compte, il incombe aux auteurs, que l’IAG ait été utilisée ou non, de veiller à ce que leur manuscrit soit éthique, exact et lisible. Les lecteurs des revues ont également des droits en ce qui concerne l’IAG. À certains égards, la situation est comparable à celle des étiquettes nutritionnelles des aliments. De nombreuses personnes souhaitent savoir ce que contiennent les aliments qu’elles consomment et introduisent dans leur organisme; l’étiquetage alimentaire fournit cette information et répond à ce droit. De la même manière, beaucoup souhaitent savoir ce qui a été créé, même partiellement, à l’aide de l’IAG, par opposition à une création exclusivement humaine, afin d’être informés de ce qu’ils s’apprêtent à lire et, par conséquent, à « consommer » sur le plan intellectuel.

Pour les revues, la transparence concernant l’IAG est essentielle afin de servir au mieux leurs lecteurs et la communauté scientifique dans son ensemble. Bien que les auteurs de la présente étude recommandent une plus grande standardisation entre les revues pharmaceutiques1, une telle harmonisation pourrait prendre du temps. Pour l’instant, une première étape importante consiste pour chaque revue à se doter de politiques claires et adaptées visant à maintenir des normes rigoureuses et l’intégrité académique en matière de rédaction et de publication, jouant ainsi un rôle clé dans la protection de la qualité de ce que les lecteurs « consomment ». À mesure que nous explorons ce nouveau « Far West » du milieu universitaire et de l’édition scientifique, il s’agira d’un chantier en constante évolution pour l’ensemble des revues.

References

1 Mutin J, Bussières JF. Survey of guidance for authors on the use of generative artificial intelligence in pharmaceutical journals. Can J Hosp Pharm. 2026;79(1):e3858. Doi : 10.4212/cjhp.3858
Crossref  PubMed  PMC

2 Utilisation de technologies assistée par l’intelligence artificielle (IA). Dans : Directives du Journal canadien de la pharmacie hospitalière à l’attention des auteurs. Journal canadien de la pharmacie hospitalière; novembre 2025 [consulté le 26 janvier 2026]. Disponible à : https://www.cjhp-online.ca/index.php/cjhp/libraryFiles/downloadPublic/21

3 Artificial intelligence (AI)–assisted technology. Dans : Recommendations for the conduct, reporting, editing, and publication of scholarly work in medical journals. International Committee of Medical Journal Editors; révisé en avril 2025 [consulté le 26 janvier 2026]. p. 3. Disponible à : https://www.icmje.org/icmje-recommendations.pdf

4 COPE position: Authorship and AI tools [prise de position]. Committee on Publication Ethics; 2024 [consulté le 26 janvier 2026]. Disponible à : https://doi.org/10.24318/cCVRZBms

5 Zhang M, Wu L, Yang T, Zhu B, Liu Y. RETRACTED: The three-dimensional porous mesh structure of Cu-based metal-organic-framework – aramid cellulose separator enhances electrochemical performance of lithium anode batteries. Surfaces Interfaces. 2024;46:104081. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2468023024002402
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Cynthia A. Jackevicius, B. Sc. Phm., Pharm. D., M. Sc., B.C.P.S., B.C.C.P., F.C.S.H.P., F.A.H.A., F.C.C.P., F.C.C.S., F.A.C.C., est professeure au Département de pratique et d’administration pharmaceutique de la Western University of Health Sciences, à Pomona (Californie); scientifique adjointe principale à l’ICES, à Toronto (Ontario); professeure agrégée à l’Institute of Health Policy, Management and Evaluation de l’Université de Toronto, à Toronto (Ontario); et pharmacienne clinicienne en cardiologie au VA Greater Los Angeles Healthcare System, à Los Angeles (Californie). Elle est également rédactrice associée au Journal canadien de la pharmacie hospitalière.

Adresse de correspondance : Dre Cynthia A. Jackevicius, Western University of Health Sciences, 309 E Second Street, Pomona CA 909469-5527 USA, Courriel : cjackevicius@westernu.edu

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Canadian Journal of Hospital Pharmacy, VOLUME 79, NUMBER 1, 2026